language
Pompidou

Informations

Objet : Montrer les collections du CNAC
Adresse : Avenue de la Gare, Metz
Surface : 11.000 m²
Coût : 36 M € HT
Date : juillet 2001
Mission : Concours / Complète
Maître d’Ouvrage : CA2M
Maître d’oeuvre : Stéphane Maupin + Pascal Cribier + SETEC+ DVVD BET
Classement : projet classé second

 

Un site plutôt qu’un monument, un événement plutôt qu’un bâtiment, un spectacle plutôt qu’une construction, c’est à dire un espace poétique traversé des corps qui l’arpentent, de la ville auquel il se coordonne, du végétal qui le trame, de l’aventure de l’art et de la réinvention des sens qui le fondent.

Ce projet voudrait, à la manière de ce qu’a apporté l’art du XXe siècle, déplacer nos habitudes de perception, élargir nos capacités d’émotions, faire, pour le visiteur comme pour le promeneur, d’un ensemble construit un nouveau territoire de sensations, d’expérimentations et d’étonnement.
Pour cela, les séparations traditionnelles entre jardin et bâti, entre le proche et l’alentour entre les pleins et les vides ont été transformées sur une parcelle entièrement tramée par une double nappe végétale, une canopée suspendue sur laquelle flotterait avec douceur un édifice lumineux.

À terre, le sol du parvis vitrifié recueille et scelle les traces, les déchets, les cicatrices de la friche. Sa matière permet de récupérer les eaux pluviales qui seront utilisées dans le dispositif végétal du dessus et les parcs avoisinants. Sur cette surface d’accueil, se projettent les taches de lumières et les ombres portées des feuilles animées des mouvements de l’air et modifiées par les états du ciel. En levant les yeux, un vitrail végétal, un jardin coloré se glisse sous le construit. À quelques mètres, le long du talus ferroviaire, le grand bâtiment d’accueil accumule les buses pour raconter l’empierrement des ballasts.

Ces strates construisent l’ensemble du projet, se superposent du sol aux terrasses dont le point de vue nous relie à la ville et au paysage, permettant de passer sans heurts du calme végétal aux tumultes urbains. L’édifice est une machine optique articulée sur les diverses vitesses urbaines, un échangeur symbolique avec les points dynamiques du paysage de Metz. La vue, portées par la double nappe végétale, offre au visiteur un point de vue sur l’espace européen, singulière contraction des temps géologiques, écologiques, humains, historiques et contemporains. Avec sa double façade vers la ville ancienne et vers le quartier neuf, le bâtiment s’articule autant sur le passé que sur le futur. Outil d’observation pour le visiteur, il est aussi objet d’observation pour les passants, signal pour les voyageurs qui frôlent cet ensemble où pour le spectateur qui, du haut d’un monument ou des collines alentour, observe le panorama d’une ville ancienne, vivante et toujours en transformation. C’est enfin essentiellement un instrument de présentation des œuvres auquel le parcours prépare.

Le projet doit être découvert par la déambulation. Pour le visiteur qui voit soudain une des façades et le jardin suspendu, les événements physiques et optiques s’enchaînent et se poursuivent jusqu’aux espaces d’exposition. Il expérimente des sensations successives qui lui ménagent des surprises imbriquées. Au cours de ce parcours, les péripéties des aventures de l’art, les diverses façons d’en interpréter les enchaînements trouvent un équivalent dans la diversité et la nouveauté des sensations proposées par les dispositifs architecturaux.

Les salles d’expositions, si elles proposent des possibilités spatiales multiples autorisant à des œuvres très diverses de trouver des situations appropriées, sont traitées avec réserve en un travail discret permettant de contrôler la lumière naturelle ou artificielle. Toutes les variations expressives sont réservées aux oeuvres. L’architecture s’efface, n’ouvrant que des possibles.
L’échelle de l’ensemble est plus mentale que monumentale. C’est la mémoire du promeneur qui en reconstruit les proportions. Le végétal, les piles, la lumière, les matières sont traités pour fuir tout effet colossal et toute arrogance. C’est ce travail soigneux sur l’échelle qui permet de relativiser les effets de la hauteur comme concourront également au calme, les mouvements simples des végétaux.

Tous les paramètres du lieu ont été exploités pour offrir à la ville un musée sans limite, une interprétation maximaliste de l’espace qu’elle a su préserver jusqu’à aujourd’hui. C’est ainsi qu’est réservée la plus grande zone libre au sol, qu’est exploitée la plus grande hauteur possible, qu’est aménagée la plus grande longueur utilisable du talus, que sont ouvertes les directions les plus qualitatives possibles : au Nord avec la lumière la plus douce pour les œuvres et à l’Ouest avec la lumière la plus lyrique pour les hommes, qu’ont été travaillés les contrastes les plus riches : le construit et le végétal, le lisse et le strié, l’opaque et le translucide, qu’ont été ménagés pour les œuvres le plus de parcours possibles et le plus de variétés de combinaisons spatiales pour les expositions.

Ce projet propose une promenade raffinée sur une parcelle inscrite dans la ville moderne, il évoque, par ses surfaces et son vitrail végétal, l’archéologie romaine puis médiévale. Il présente au visiteur un parcours consacré à l’art moderne et contemporain. Il donne à la ville des espaces soignés et offre aux artistes et aux œuvres un outil maniable et élégant.