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MQB

Informations

Objet : Exposition inaugurale
Adresse : Rue de l’Université, Paris 17ème
Surface : 2000 m²
Coût : 800 K € HT
Date : mai 2005
Mission : Scénographie
Maître d’Ouvrage : Musée du Quai Branly
Maître d’oeuvre : Stéphane Maupin + Nicolas Hugon

 

David Hume, philosophe anglais du 18e siècle, considérait que l’émotion esthétique ne résulte pas seulement d’une sensibilité particulière aux beautés des objets et de la nature mais de la projection, sur eux, de notre complexion passionnelle, modifiée par notre culture et notre histoire personnelle.
C’est ainsi que se pose l’exposition ‘D’Un regard l’autre’ : Une perception occidentale de l’art premier par chaque individu, et une mise en forme contemporaine manifestant son plaisir d’une distance avec une simple accumulation historique et coloniale. La masse des objets pourra s’apprécier pour sa beauté singulière, l’aventure ethnologique y trouvera un regard circonstancié, et la totalité de ces manifestations se prête à des associations judicieuses modernes et contemporaines. Divers filtres techniques et visuels enrichissent, croisent et prolongent l’initiale intention figurative.
S’installer dans le lieu plus que le transformer. Le lieu n’ayant pas d’antériorité, les visiteurs le découvriront pour la première fois.
Tous les moyens seront affectés à l’installation des œuvres et leurs mises en valeur dans un strict respect de la chronologie et des besoins de leurs conservations.
La circulation le long de l’exposition est simple et claire. Elle travaille avec les profondeurs et les hauteurs du bâtiment hôte, tout en articulant les nouveaux dispositifs spatiaux.

La découverte du projet se fait par trois éléments singuliers:

1- L’exposition débute par la rencontre des trois nefs. Les trois vaisseaux entraînent dans leur sillage la découverte du monde et son expression telle que voulue par le commissaire. Le dispositif se concrétise par une longue partition métallique évoluant en courbes. L’effet cinétique des concavités relançant des perspectives sans cesses modifiées dans lesquelles les œuvres s’installent.
Celles-ci nous mèneront jusqu’à la salle du trophée d’armes.

2- Le volume en cloche de celle-ci s’apparente à une extrusion du sol. La cavité dégagée abritera une salle anéchoïdale. Seule la voûte est recouverte d’un matériau absorbant tous les sons. Le silence pesant, des boucliers arrangés sur des rangs panoptiques, respectivement éclairés, observent solennellement le visiteur. Le quidam à l’écoute de ses battements de cœur, est réduit à la confrontation de l’exaltation guerrière et sa funeste beauté. Les armes à l’acier acéré posées sur le sol trouvent un écho vers les pics de mousse accrochés au plafond. Le traitement de cette ambiance est le point d’orgue du titre de l’exposition. Deux menaces, ou deux aventures technologiques momentanées restituées en vis à vis dans un monde clos. L’on voudra croire que le primitif et son ‘coutelas’ aura dévolue tout son génie humain à sa propre destruction ? On se souviendra que c’est l’Industrie militaire qui présente ses missiles dans une salle où l’on ne peut y entendre les transactions en cours.

3-A la sortie de la salle d’armes, s’annonce l’ère des cabinets de Curiosité, dont nous avons fabriqué un cabinet de cabinet. Chaque cabinet est traité dans un même volume suspendu recouvert de verre travaillé. Le contenu de chacun travesti son expression (lumière, reflets multiples, types de verre, etc…).
Ce dispositif linéaire d’accumulations annonce la rupture d’un type de conservation.
A la fin de cet instant la représentation est investie par le prisme des artistes conduisant à un renouveau des installations. L’appropriation intime est bien le mécanisme fondateur de l’exposition. Il n’est jamais ouvertement révélé mais systématiquement appelé dans la conscience du visiteur.